Allergie alimentaire, mettre en place un régime d'exception

LaurenceYaguiyan-Colliard (Unité de Médecine de l’Elevage et du Sport, école vétérinaire d’Alfort) a précisé les modalités du régime d’éviction mis en place chez le chien dans le cadre du diagnostic d’une allergie alimentaire lors du congrès de l’Afvac (Association Française de Vétérinaires pour Animaux de Compagnie), en décembre, à Paris. Pour sa réussite, le praticien doit apprécier la motivation du propriétaire.

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L'Allergie alimentaire chez le chien

"Il ne faut pas confondre l’allergie alimentaire, qui implique le système immunitaire, et l’intolérance alimentaire qui est une réaction une non immunologique qui dépend des doses ingérées, ce qui n’est jamais le cas pour l’allergie alimentaire", a déclaré le docteur vétérinaire Laurence Yaguiyan-Colliard, lors du congrès le l’Afvac, en décembre, à Paris.

Toute protéine peut déclencher une allergie alimentaire mais les allergènes rencontrés en pratique se trouvent parmi les protéines les plus consommées.

Forme cutanée ou digestive

L’allergie alimentaire s’exprime de deux façons, cutanée ou digestive, avec des variantes. "Les formes cliniques vont du tout cutané au tout digestif", a précisé la conférencière.

Le diagnostic de l’allergie alimentaire repose sur le régime d’éviction et le test de provocation. Il faut apporter des protéines naïves ou des protéines modifiées. Ce régime d’éviction n’empêche pas l’animal de développer une intolérance alimentaire à ces nouvelles protéines, ce qui complique le diagnostic.

Il est plus facile d’apporter des protéines naïves dans les régimes ménagers où la viande est associée à une source d’amidon et des acides gras essentiels.

Attention aux aliments vendus sur Internet

Les aliments industriels de type "sensible" en contiennent également et sont plus équilibrés mais ne sont pas conseillés pour le diagnostic d’allergie alimentaire.

Les protéines modifiées sont apportées par les aliments industriels de type hypoallergénique. Ce sont des hydrolysats de protéines. "Attention cependant aux contaminations croisées des aliments vendus sur le net et soi-disant hypoallergéniques", a précisé Laurence Yaguiyan-Colliard après avoir étudié les compositions parfois hasardeuses des aliments commandés en ligne par les propriétaires d’animaux allergiques.

Le régime ménager, gold standard

"Le régime ménager, bien que déséquilibré, reste le gold standard", a-t-elle souligné. Le temps de préparation est long et le coût du régime élevé. Ce régime est gras et n’est pas indiqué sur un chiot, il faut attendre que l’animal ait atteint sa stature adulte.

L’avantage des aliments industriels de qualité est leur praticité, leur compatibilité avec la croissance des carnivores pour certains d’entre eux. Ils sont équilibrés, hyper digestibles et certains sont aussi peu caloriques, ce qui peut être un atout pour les animaux déjà en surpoids.

Mais en cas d’échec avec ces aliments, on ne peut affirmer que l’animal ne présente pas d’allergie alimentaire. L’incertitude demeure.

Eviter les facteurs d’appétence

Les facteurs d’appétence de ces produits contiennent des protéines d’origines diverses. Tout régime d’éviction est inutile, parce qu’illusoire, pour les chiens qui sortent sans contrôle de leur maître ou des communautés d’animaux inséparables ne pouvant être tous nourris avec ce régime.
Il est donc capital d’apprécier la motivation du propriétaire. L’alimentation habituelle est arrêtée brutalement avec l’introduction simultanée du régime en quantités croissantes. La transition est faite en pratique sur 4 jours pour les chiens.

Evaluer l’observance

L’éviction dure 6 à 10 semaines. Si aucune amélioration n’est observée, le vétérinaire évalue l’observance du régime et critique sa prescription en jaugeant de nouveau les ingrédients Contenus dans la ration.

Dans le cas où toutes les consignes ont été respectées, si le régime d’éviction ménager est sans effet, l’allergie alimentaire est peu probable.

Si le régime d’éviction est de type industriel, il faut passer à un régime ménager avant de conclure: "La guérison clinique ne veut pas dire allergie alimentaire". Laurence Yaguiyan-Colliard indique que le diagnostic passe aussi par le test de provocation. Si les symptômes ressurgissent avec la protéine réintroduite, le diagnostic d’allergie alimentaire est fait.

Une démarche rigoureuse

Des considérations éthiques viennent contrecarrer ce test car les symptômes de l’allergie sont parfois douloureux, voire dangereux pour l’animal. "C’est une réflexion personnelle du praticien soit on pense au bien-être de l’animal que l’on soigne, soit au diagnostic", a conclu Laurence Yaguiyan-Colliard.

L’idéal est de trouver la protéine responsable de l’allergie. Dans ce test, les protéines sont réintroduites une à une toutes les 3 semaines. Aucun propriétaire ne veut s’embêter à faire ça, a précisé la vétérinaire La démarche pour aboutir au diagnostic est rigoureuse, longue et pénible mais il ne faut pas la faire à moitié.

Source : Aurore Hamelin pour la Dépêche Vétérinaire du 21 au 27 mai 2011