La Cardiomyopathie Dilatée (DCM)

La Cardiomyopathie Dilatée est une affection cardiaque qui peut aboutir au décès prématuré des chiens atteints. Article rédigé par les Docteurs vétérinaires Magali Breton et Michèle Colin, Ingénierie GIPSA.

La Cardiomyopathie Dilatée se manifeste par une dilatation des cavités cardiaques* et un amincissement des parois du myocarde*. Il s’ensuit une insuffisance cardiaque qui peut aboutir au décès prématuré des chiens atteints.

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Cette maladie touche environ 0,5% de la population canine, principalement les chiens de grand format (Lévrier Irlandais, Dogue Allemand, Terre races/Terre-neuve.htmlNeuve, Boxer, Dobermann, Rottweiler…), mais aussi le Cocker anglais ou le Dalmatien. Elle présente un caractère héréditaire* dans certaines races/lignées.

Les causes

Les causes de la Cardiomyopathie Dilatée restent bien souvent inconnues. Le déterminisme génétique a cependant été élucidé chez le Dobermann pour qui la mutation du gène PKD4 est autosomique dominant avec une pénétrance incomplète. Une prédisposition génétique est également démontrée dans certaines races (par exemple chez le chien d'eau Portugais). Le déterminisme génétique reste à l’étude car il est probablement polygénique. Chez des Cockers anglais, un déficit en taurine (un acide aminé) a été incriminé. Dans certaines lignées de Boxer, la maladie semble corrélée à une déficience en Carnitine. D’autres causes ou facteurs favorisants sont également possibles, maladie virale ou immunitaire, administration de toxiques ou de médicaments, hypothyroïdie.

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L’évolution de la maladie

La cardiomyopathie est due à la dégénérescence du muscle cardiaque, qui se traduit par l’amincissement et l’affaiblissement des parois du cœur. Les cavités cardiaques se dilatent, entraînant un défaut d’étanchéité des valvules et une régurgitation partielle du sang dans les oreillettes lors de la contraction cardiaque. Au départ, des phénomènes de régulation interviennent pour renforcer la contraction cardiaque (la cardiopathie est compensée). Passé un certain stade, ils deviennent insuffisants : l’insuffisance cardiaque est décompensée et les symptômes apparaissent. Des arythmies* ou une fibrillation atriale* peuvent se surajouter, aggravant la diminution du débit cardiaque.
Ce processus pathologique explique l’évolution de la maladie, qui apparaît tardivement (6-7 ans en moyenne). Dans un premier temps, elle reste latente (pas de signes cliniques). Puis, les premiers signes apparaissent et la maladie, dès lors, évolue rapidemen. Les animaux décèdent après quelques mois des conséquences de l’insuffisance cardiaque ou parfois brutalement (œdème aigu du poumon ou arrêt cardiaque).

Les signes cliniques

Les premiers signes visibles de la maladie sont des épisodes de toux, des difficultés respiratoires (respiration courte), une intolérance à l’effort, éventuellement associés à une perte de poids et d’appétit, une pâleur des muqueuses, la présence de vertiges et de syncopes. En présence d’un ou plusieurs de ces symptômes, il convient de consulter sans tarder le vétérinaire.

Celui-ci réalisera son diagnostic au moyen de plusieurs examens :

  • Auscultation du cœur : recherche d’un souffle cardiaque et d’éventuelles arythmies.
  • Radiographie : appréciation de la forme et de la taille du cœur, recherche de dilatations vasculaires, d’un œdème pulmonaire.
  • Electro-cardiogramme : étude du rythme cardiaque, caractérisation des arythmies
  • Echographie : évaluation de l’activité cardiaque et visualisation des structures intracardiaques (épaisseur des parois, volume des cavités, lésions…), suivi de l’évolution de la maladie.
  • Echographie Doppler : évaluation des flux sanguins (vitesse, direction, durée, turbulences).
  • En fonction de ces examens et des signes cliniques, le praticien caractérisera le degré de l’insuffisance cardiaque afin d’établir le pronostic et adapter le traitement.

    Stades de l’insuffisance cardiaque

  • Stade 1 : Cardiopathie compensée, absence de signes visibles. Signes détectables à l’examen clinique :
    1a : présence d’un souffle. Absence de dilatation cavitaire.
    1b : présence d’une dilatation cardiaque.
  • Stade 2 : Insuffisance cardiaque discrète ou modérée Intolérance à l’effort (toux, essoufflement, difficultés respiratoires).
  • Stade 3 : Insuffisance cardiaque avancée, signes cliniques permanents, y compris au repos (toux, difficultés respiratoires…), effort impossible, signes d’insuffisance cardiaque globale (ascite, œdème du poumon).
    3a : Soins possibles à domicile.
    3b : Hospitalisation et soins d’urgences nécessaires (œdème aigu du poumon).
  • Le traitement

    Il n’existe malheureusement pas de traitement curatif de la Cardiomyopathie Dilatée. Plusieurs médicaments permettent néanmoins de ralentir son évolution et d’améliorer le confort de vie de l’animal. Le traitement sera d’autant plus efficace qu’il est commencé tôt.
    Le vétérinaire ajustera son traitement en fonction du stade de la maladie et des signes observés. D’une façon générale, la stratégie thérapeutique vise à faciliter le travail du cœur (en diminuant la charge cardiaque, en laissant l’animal au repos) et à augmenter son efficacité. Une supplémentation en taurine et/ou en carnitine peut, dans certains cas, augmenter l’espérance de vie des animaux atteints.

    Pourquoi dépister

    Le dépistage permet de détecter la maladie avant les premiers signes et de traiter précocement les animaux atteints, afin d’augmenter leur espérance de vie.
    Dans les races ou lignées prédisposées, ce dépistage permettra en outre d’écarter de la reproduction les individus atteints, qui seraient susceptibles de transmettre la maladie à leur descendance. C'est notamment le cas pour la race Dobermann pour laquelle un test génétique existe. Des études en cours recherchent d’éventuels marqueurs génétiques de la cardiomyopathie pour les autres races, en vue de mettre au point des tests génétiques adaptés. En attendant, le dépistage consiste à présenter le chien au vétérinaire au moins une fois par an (à l’occasion de la consultation vaccinale). En procédant à l’examen clinique, le praticien pourra déceler des signes précoces d’insuffisance cardiaque (présence d’un souffle, d’arythmie) et le mentionner dans le document à télécharger ci-dessous en bas de page.
    Dans les races prédisposées, cet examen clinique sera complété par des examens approfondis, électrocardiogramme, échographie cardiaque.
    Plusieurs Clubs de race ont mis en place une politique d’éradication de cette affection, et conseillent aux éleveurs de soumettre leurs reproducteurs à un dépistage. Pour certaines races, le dépistage de la cardiomyopathie dilatée a été intégré à grille de cotation* des reproducteurs. C’est le cas par exemple du Lévrier Irlandais, dont le club exige qu’une échographie du cœur et un électrocardiogramme soient réalisés dès le 4ème niveau de cotation* (à renouveler tous les 18 mois). L’attribution ou non du niveau 4 de cotation dépend de l’analyse de ces examens (interprétation par un expert désigné par le Club).

    Glossaire

    - Myocarde : muscle cardiaque.

    - Maladie polygénique : cela signifie que plusieurs gènes sont impliqués dans l’apparition de maladie.

    - Cavités cardiaques : le cœur est composé de 4 cavités : 2 cavités ventrales, les ventricules, et 2 cavités dorsales, les oreillettes.

    - Arythmie cardiaque : anomalie dans la succession et la forme des contractions (à distinguer des anomalies de la fréquence cardiaque, qui est le nombre de contractions par minute).

    - Fibrillation atriale ou auriculaire : Succession de contractions irrégulières, rapides et non coordonnées des fibres musculaires du cœur au niveau des oreillettes (atrium = oreillette).

    - Grille/niveau de cotation : échelle de qualité des reproducteurs, qui comporte 6 niveaux, le niveau 1 étant celui de la confirmation.