Pour qu'il devienne un chien bien dans sa peau

Une adorable boule de poils est venue agrandir la famille, et tout le monde se réjouit. Mais rapidement surviennent les premières interrogations, les premiers doutes, est-ce que l’on procède correctement ?

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Pour que votre chiot devienne un chien bien dans sa peau

En se mettant quelques instants à la place de ce chiot, on comprend les perturbations consécutives aux changements survenus au cours de sa courte vie, il vient de quitter sa fratrie, l’environnement dans lequel il est né et a grandi, les personnes qu’il a côtoyées, ainsi que le rythme et l’organisation passés de son temps.

Quels bouleversements pour bébé chien !

On trouve de nombreux conseils pour l’aider à bien passer ce cap, depuis le fait de l’enfermer dans la cuisine, quitte à le laisser hurler toute une nuit, jusqu’à la boîte (le fameux "kennel") qui empêchera les pipis disséminés dans la maison et d’éventuelles destructions, en passant par le garage (où on ne l’entendra pas), ou alors le lit des enfants (pour qu’il ne se sente pas seul).

Je pense que nous devons tenir compte de la détresse ressentie par ce petit animal qui ne reconnait rien dans son nouvel environnement et se trouve devant tant de nouveautés. Il a besoin d’être rassuré et sécurisé, mais il a aussi besoin de connaitre les premières limites.

Si on veut l’aider à devenir un adulte bien dans sa peau, sûr de lui mais conscient que tout n’est pas permis, on doit lui donner les bonnes bases.

Les premières nuits.

Si votre chiot exprime son désarroi par des signaux sonores (gémissements, pleurs, aboiements), des destructions ou des excréments laissés un peu partout, rien ne vous interdit de le prendre dans votre chambre pour quelques nuits.

Attention, pas dans votre lit !

Mais on peut poser son panier au sol, et l’éloigner au fur et à mesure du temps qui passe et de son accoutumance à son nouveau lieu de vie. Il se sentira ainsi rassuré par votre présence dans la même pièce durant la nuit, mais apprendra, grâce à vous, qu’il sera bientôt temps de prendre ses distances et de dormir à sa place, comme un grand. On déplacera donc progressivement le panier vers le pas de porte, puis dans le couloir, et enfin à la place qu’on lui aura attribuée.

Socialisation, sociabilité, sociabilisation, que de mots compliqués !

Selon les expériences que votre chiot aura vécues, il sera plus ou moins assuré dans le monde des humains. Si son milieu d’élevage était pauvre en diversité (machines à laver, à aspirer, à tondre, voitures et motos), s’il a (ou n’a pas) connu de personnes étrangères en dehors des éleveurs, des enfants et d’autres animaux, il risque de les craindre et de ne pas savoir se comporter avec eux.

Il faudra alors que vous veilliez à lui faire faire connaissance avec tout ce qui lui a manqué, mais de manière très progressive. Une familiarisation croissante avec les objets et les bruits de la maison, des promenades de quelques minutes dans des lieux variés, avec une fréquentation croissante, lui feront emmagasiner de plus en plus d’informations sur ses congénères et les humains.

N’oubliez pas de protéger votre adorable boule de poils de l’enthousiasme des enfants, parfois tellement exubérants qu’ils en deviennent pénibles et peuvent lui faire mal sans le vouloir.

La propreté, jamais assez rapide (pour les propriétaires)

Un autre point qui suscite souvent l’impatience des propriétaires est de savoir quand Petit Loup va devenir propre. On peut garder en mémoire quelques règles de base:

1. Le sortir immédiatement après qu’il ait joué, mangé, bu ou dormi. Pas le temps de prendre votre veste et de mettre vos chaussures, il va avoir besoin de se vider très vite après l’une de ces activités, alors anticipez ou dépêchez-vous.
2. Félicitez-le et récompensez-le immédiatement, dès qu’il a terminé. Ce n’est pas le moment de le faire attendre pour chercher sa friandise, il faudrait qu’elle ait été préparée auparavant.
3. Délimiter son espace surtout lorsqu’il est seul cela vous évitera d’avoir à nettoyer toute la maison et lui apprendra qu’il ne dispose pas de tout le territoire pour s’ébattre.
4. Promenez-le le plus souvent possible, vous aurez ainsi l’occasion de le féliciter fréquemment, et donc, de lui faire mémoriser qu’il est plus gratifiant de faire ses besoins dehors, qu’à l’intérieur de l’habitation.
5. Ne rentrez pas à la maison dès qu’il a fait ses besoins à l’extérieur, il apprendrait à se retenir le plus longtemps possible pour reculer le moment du retour.
6. Récompensez tous les bons comportements (élimination dehors), ignorez les mauvais (élimination à l’intérieur).
7. Soyez indulgents et patients, c’est encore un petit animal. Les enfants humains ne sont pas propres aussi vite que les chiots le sont.

L’apprentissage de la solitude

Votre chiot est tout petit et fragile, et vous estimez qu’il a besoin d’affection, mais n’oubliez pas qu’un jour il faudra qu’il reste seul. Même si ce n’est que l’espace de quelques minutes, il doit apprendre à vivre votre absence sereinement, et pas comme un déchirement.

Commencez par le laisser quelques minutes dans une pièce, quand vous êtes dans une autre. Ne faites pas de "cinéma" en partant, ni en revenant, il faut qu’il vive cela comme un épisode normal de la vie de tous les jours. Si vous en faites un évènement, vous lui montrez qu’il a raison de s’angoisser puisque vous éprouvez le besoin de théâtraliser la situation.

Augmentez progressivement le temps d’absence, et sortez de chez vous en l’y laissant quelques instants, lorsque vous estimez qu’il est prêt à passer à l’étape supérieure.

Plus vous lui faites vivre tôt cet apprentissage de manière progressive, mieux il vivra cette solitude qui peut amener les chiens à des manifestations d’angoisse terribles quand ils n’y sont pas préparés.

Les mordillements, parfois inquiétants

Non, les chiots ne sont pas agressifs ou potentiellement dangereux lorsqu’ils mordillent, ils sont juste en train d’exercer leur mâchoire. Ils expérimentent différentes textures, découvrent qu’il faut mordre fort pour attraper un bout de bois mais qu’il vaut mieux éviter de s’attaquer à la peau humaine, que les croquettes sont plus dures à broyer qu’un morceau de viande, qu’un bout de plastique est moins savoureux qu’une friandise. Tout cela est tout à fait normal, il faut un peu de temps et de patience de la part des propriétaires pour faire passer plus rapidement cette attitude un peu déstabilisante.

Vous vivez une magnifique expérience avec ce chiot, mais elle est aussi faite de petites difficultés. Si la tâche vous paraît trop difficile à mener tout seul, n’oubliez pas qu’il y a des professionnels pour vous seconder !

Source : Cynophilie Française, n°151, 3e trimestre 2010.