Sevrage précoce et trouble du comportement

On sait, intuitivement, que la séparation trop précoce d’un chiot d’avec sa mère et sa fratrie peut avoir des conséquences extrêmement négatives et durables pour le chiot. Même si ces faits sont souvent décrits, il existe paradoxalement peu de publications sur ce sujet. Une étude vétérinaire italienne, parue en 2011, vient cependant d’essayer de quantifier les risques de troubles du comportement ultérieurs liés à un sevrage pratiqué trop tôt.

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Sevrage précoce, risque de troubles du comportement

L’importance de la population étudiée rend cette étude intéressante, au-delà des cas cliniques individuels ou des petites séries de cas habituellement considérés, l’enquête porte ici sur 140 chiens. Cette étude met en évidence une catégorie de chiens particulièrement à risque, ceux qui ont été acquis, non pas chez un éleveur, mais dans un magasin de type animalerie.

Conditions de l’étude

Les auteurs, des comportementalistes et des universitaires, ont collecté des informations concernant 140 chiens de provenances divers, âgés de 18 mois à 7 ans. Ces chiens furent recrutés dans des cliniques vétérinaires de la région de Naples, mais seuls des animaux en bonne santé ont été retenus. Le groupe ES (pour Early Separation) comprenait 70 chiens qui avaient été retirés à leur mère entre 30 et 40 jours, tandis que le groupe NES (Not Early Separation) intégrait 70 chiens ayant été adoptés à un âge “normal” soit après 60 jours.

Description des chiens recrutés

Il a été demandé aux propriétaires de ces chiens de répondre à un questionnaire téléphonique à propos de leur chien.

Les questions portaient d’abord sur les chiens eux- mêmes (âge, sexe, statut sexuel, race, poids) : une majorité de chiens était des femelles (58,6 %, 50 % des chiennes étaient stérilisées (contre 10 % des mâles) 62,9 % étaient âgés de plus de 36 mois et 66,4 % n’appartenait pas à une race définie.

Une différence significative existait entre les groupes ES et NES : 67,1 % des chiens du groupe étaient des chiens de race alors qu’aucun chien du groupe ES n’était de pure race.

Origine des chiens recrutés

Dans cette étude, aucun chien n’avait été recueilli dans un refuge et aucun ne possédait non plus d’antécédents connus de traumatisme particulier. Si 50 % d’entre eux avaient été achetés en animalerie, un sur trois provenait de chez un ami ou une connaissance et les chiens restants avaient été achetés auprès d’un éleveur. (Aucun chien du groupe ES n’a été adopté chez un éleveur).

Troubles du comportement, sevrage précoce et vente en animalerie

Les propriétaires devaient ensuite répondre à des questions relatives à la présence ou l’absence de comportements considérés comme indésirables. Une liste de 16 de ces comportements était proposée destructions, aboiements, peur en promenade, réactivité au bruit, possessivité vis-à-vis des jouets ou de la nourriture, recherche d’attention, aversion des étrangers, agression des étrangers, agression des propriétaires, déficit du contrôle de la morsure durant le jeu, tournis (le chien cherche à attraper sa queue), léchage excessif de l’extrémité des pattes, observations des ombres, pica et malpropreté. Les réponses des propriétaires ont ensuite analysées statistiquement.

Les types de comportements indésirables les plus souvent observés (quelque soit l’origine des chiots) étaient la recherche d’attention et l’hyperréactivité aux bruits. Certains comportements indésirables paraissaient liés à l’âge, les actes de destruction et le “tournis” étaient par exemple plus volontiers observés chez les animaux de moins de 3 ans.

L’élément à retenir de cette étude est qu’elle confirme que l’âge de la séparation d’avec la lice fait bien le lit des troubles du comportement, tout au moins de la plupart d’entre eux. Une fréquence plus élevés de tous les troubles du comportement a en effet été notée chez les chiens du groupe ES.

Les plus représentatifs étaient ainsi décrits :

  • Peurs pathologiques en promenade, le risque relatif des chiots du groupe ES de présenter des comportements phobiques à l’extérieur était 15 fois celui supérieur à des chiots NES.
  • Aboiements intempestifs, présents chez 55 % des chiots ES et 26 % des chiots NES.
  • Hyperréactivité aux bruits (43 ES 13 % NES).
  • Recherche d’attention (36 % ES 9 % NES).
  • Comportement possessif vis-à-vis des jouets ou de la nourriture.
  • Aversion envers les étrangers.
  • Destructions.
  • Morsures au cours du jeu.
  • En revanche, quelques autres comportements anormaux (pica, agression envers les propriétaires, léchage compulsif des pattes, observation des ombres) n’étaient pas sur représentés dans le groupe ES.

    Importance de l’éducation maternelle

    Outre l’âge du sevrage, le premier environnement connu par le chiot a une importance décisive. Pour faciliter la familiarisation du chiot avec les objets et les personnes de son environnement, il est préférable que le chiot soit en présence de sa mère, dont la présence le rassure, pour affronter les principaux stimuli qu’il sera appelé à rencontrer par la suite. On sait que dès 3 semaines, les chiots manifestent une détresse intense quand un stimulus nouveau leur est présenté en l’absence de la lice.

    Les facteurs génétiques, l’environnement et l’expérience représentent les trois grands types d’influences qui peuvent expliquer la façon dont un chiot réagira plus tard aux divers stimuli de son environnement. Des expériences négatives vécues pendant le jeune âge sont évidemment préjudiciables à l’équilibre émotionnel futur du chien. On le savait intuitivement mais cette étude le confirme, les chiots acquis chez un éleveur, ou un proche, sont mieux équilibrés que ceux achetés dans une animalerie.

    Cette observation peut, cependant, être biaisée par le fait que les propriétaires qui “craquent” sur un chiot dans un magasin (achat “coup de cœur”) sont peut-être moins motivés quant à l’éducation de leur chien.

    Quoi qu’il en soit, les chiots vendus en animalerie proviennent trop souvent d’élevages intensifs et les chiots qui subissent successivement ces conditions d’élevage très particulières, un sevrage précoce et le passage par une animalerie cumulent les facteurs de risque de troubles ultérieurs du comportement.

    Source : Le Pli Magazine du Club Français du Petit Lévrier Italien n°1, Printemps 2012