Vacciner : quand, comment, pourquoi ?

La vaccination des chiens est un acte très souvent banalisé, mais il contribue à une importante protection de nos compagnons contre des maladies encore très présentes et bien souvent mortelles. Les chiens d’élevage sont particulièrement exposés aux risques, du fait de leur vie en communauté, soit en concours, soit dans leur chenil, et de leurs contacts fréquents avec des congénères. Auteurs : Dr Alexandre BALZER et Annabelle LOTH

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Qu'est ce qu'un vaccin ?

Un vaccin est un médicament destiné à stimuler les défenses du chien contre un microbe (virus, bactérie ou parasite) qu’il est susceptible de rencontrer au cours de sa vie. La vaccination consiste à injecter dans le corps un agent infectieux (virus ou bactérie), sous une forme inoffensive mais stimulant la réponse immunitaire de l'organisme. Le système immunitaire disposant d'une forme de mémoire, une exposition ultérieure à l'agent infectieux déclenchera une réponse plus rapide et plus efficace. L'agent est reconnu par une ou plusieurs molécules spécifiques et constitue l'antigène. Le système immunitaire répond par la production d'anticorps spécialement dirigés contre lui et fabriqués par des cellules mémoires (lymphocytes B et T). Un vaccin est donc spécifique d'une maladie.

Le vaccin peut être un agent inactivé (dépourvu de matériel génétique : par exemple la leptospirose, la rage) ou atténué (c'est alors une forme voisine mais non pathogène, exemple : la parvovirose, la maladie de carré).

La vaccination a un effet protecteur sur un individu mais, pour une maladie contagieuse, une vaccination massive protège la population toute entière en ralentissant ou en empêchant la propagation de l'agent infectieux.

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La vaccination antirabique

La vaccination antirabique est obligatoire en France pour les chiens de 1ère et 2ème catégorie, pour passer les frontières et dans les département infectés par la rage (Guyane).

Depuis 2007, des obligations de vaccination antirabique ont été supprimées :

  • Pour les animaux français se rendant dans des lieux de rassemblement en France (campings, centres de vacances, concours).
  • Pour les animaux français se rendant en Corse ou dans la plupart des DOM (Martinique, Guadeloupe, Réunion, sauf la Guyane).
  • Mais les pensions pour animaux, les centres de vacances peuvent l'exiger, même si elle n'est pas obligatoire. De plus, des cas de rage animale importés par des voyageurs imprudents ou non consciencieux sont toujours possibles et alors tout chien ou chat incorrectement vacciné contre la rage, ayant été en contact avec un animal enragé sera euthanasié. Seuls les animaux identifiés et correctement vaccinés contre la rage peuvent être sauvés. Il y a donc un intérêt non négligeable de poursuivre la vaccination rage, même pour des chiens ne sortant pas du territoire.

    Pour les voyages au sein de l’UE, une vaccination antirabique en règle est l'unique exigence en ce qui concerne la rage (pas d'obligation de titrage antirabique). Mais les chiens doivent être traités par votre vétérinaire contre les vers (Echinococcus) pour entrer en Finlande, en Irlande, à Malte et au Royaume-Uni.

    Dans les pays hors UE, un titrage antirabique peut être exigé et surtout pour revenir en Union Européenne. Bien se renseigner avant tout import ou voyage hors UE. Il est conseillé d'entreprendre les démarches avec votre vétérinaire au moins 3 mois avant le départ et de ne quitter le territoire communautaire qu’avec un animal identifié, valablement vacciné contre la rage et présentant un résultat favorable au titrage.

    Contre quoi peut-on vacciner son chien ?

    Les maladies virales classiques du chien
    La plupart des chiens sont protégés contre ces maladies lors de la vaccination classique.
    La maladie de carré (notée sur les étiquettes des vaccins Cou D)
    Elle atteint les canidés (chiens, loups, renards, fennecs) et certaines autres espèces (furets, loutres, visons, genettes, mangoustes). Elle peut atteindre des animaux de tous âges. C’est avec la parvovirose la maladie virale la plus fréquente du chien. La contamination se fait par contact direct entre les chiens. L’incubation (période qui va de la contamination à l’apparition de des premiers symptômes) dure de 12 à 15 jours. Les premiers symptômes débutent par une forte fièvre (39,5 à 40,5 °C), un écoulement épais et purulent du nez et des yeux ainsi qu’une atteinte respiratoire (toux, respiration difficile et bruyante). L’évolution est le plus souvent fatale (coma), la guérison peut survenir mais laisse parfois des séquelles importantes (perte des dents, trouble de la démarche, troubles de la vue).
    L’hépatite de Rubarth (notée sur les étiquettes des vaccins H ou a)
    Cette maladie porte aussi les noms de maladie de Rubarth, hépatite contagieuse canine ou encore adénoviroses. Elle frappe plus gravement les chiots. La contamination se fait par contacts directs et l’incubation est toujours silencieuse. Elle dure de quatre à six jours. Le premier symptôme observé est une très forte fièvre (40 à 41 °C) qui dure 4 à 5 jours. Chez les chiens qui ne succombent pas à la maladie, peuvent apparaître des troubles oculaires caractéristiques, opacification bleutée de la cornée.
    La parvovirose canine (notée sur les étiquettes des vaccins P) Cette maladie est d’apparition récente en France (1979). Elle est caractérisée par une gastro-entérite hémorragique. La contamination se fait par contact direct mais surtout par l’intermédiaire des matières fécales des chiens malades. L’incubation est très courte (trois à quatre jours). Les symptômes débutent rapidement : vomissements répétés, diarrhée profuse parfois hémorragique et abattement. Très vite l’animal, souvent jeune, va se déshydrater et peut mourir en quelques heures.
    Les maladies respiratoires contagieuses
    La toux de chenil est une maladie respiratoire plus ou moins sévère, très contagieuse. Elle est due à de nombreux virus et bactéries. Il existe des vaccins contre les agents majeurs, la bactérie Bordetella et le virus Parainfluenza de type 2. Cette vaccination spécifique s’adresse plus particulièrement aux chiens vivant ou fréquentant des collectivités et des rassemblements canins.
    Les maladies transmissibles à l’homme
    La rage (notée sur les étiquettes des vaccins R)
    La rage est une maladie mortelle transmissible à l’homme. Le virus est transmis lors de morsure ou de griffure par un animal enragé. Tous les mammifères peuvent être atteints par cette maladie. En France, la vaccination est obligatoire pour les chiens de première et deuxième catégorie, pour les chiens dans les départements infectés par la rage (actuellement uniquement la Guyane) et pour le passage des frontières (à l’import comme à l’export).
    La leptospirose (notée sur les étiquettes des vaccins L ou L multi ou L4)
    C’est une maladie bactérienne commune à l’homme et à plusieurs animaux. La source principale de contamination est le rat sauvage (rat d’égout ou rat des champs) qui héberge sans symptôme le germe et l’élimine dans l’urine. Ainsi, tous les lieux où pullulent les rats présentent des risques pour les chiens, marais, canaux, rigoles, cours d’eau, chenils extérieurs. Le germe pénètre dans l’organisme par voie digestive ou par la peau. L’incubation est courte (cinq à six jours). La maladie peut évoluer sous deux formes, une forme digestive, appelée autrefois typhus, caractérisée par des vomissements sanguinolents et une diarrhée profuse très foncée et une forme ictérique (forte jaunisse) avec une coloration des muqueuses et de la peau jaune orangée, presque toujours mortelle.
    Les maladies vectorielles
    La piroplasmose (notée sur les étiquettes des vaccins Bab)
    La piroplasmose, ou babésiose canine, est une maladie transmise par les tiques. L’agent pathogène (Babesia canis) est un protozoaire, un parasite intracellulaire au sein des globules rouges du chien. La maladie, encore fréquente est grave et nécessite un traitement rapide. Elle se manifeste par de la fièvre, une anémie et des urines fréquemment très foncées. Elle peut aussi toucher et détruire de manière irréversible le foie et les reins. La prévention passe par une bonne protection antiparasitaire et la vaccination éventuelle.
    La borréliose de Lyme (notée sur les étiquettes des vaccins Bor)
    Cette maladie est transmise par les tiques. Elle est bien connue chez l’homme sous le nom de maladie de Lyme. Les symptômes sont peu caractéristiques, ce qui explique une grande difficulté parfois à réaliser le diagnostic. Le principal symptôme est souvent une boiterie intermittente. Il s’agit alors de mono ou polyarthrite, sans signe radiographique, localisée aux articulations du carpe, du tarse, des phalanges, de l’épaule, du coude ou du grasset. Les articulations atteintes sont alors chaudes, douloureuses et leurs volumes peut être augmentés. Ces troubles locomoteurs peuvent être accompagnés ou précédés par un malaise général, fièvre, asthénie ou anorexie. D’autres symptômes plus rares peuvent apparaitre, troubles cardiaques, rénaux ou encore nerveux.
    La leishmaniose (notée sur les étiquettes des vaccins Leish)
    Cette maladie est due à parasite transmis par une sorte de moustique, le phlébotome. Elle sévit principalement dans les régions du pourtour méditerranéen, mais celui-ci s’élargi progressivement au gré du réchauffement climatique. Les symptômes les plus caractéristiques sont, amaigrissement, fatigue, lésions cutanées, gonflement des ganglions. La prévention passe là aussi par un traitement antiparasitaire adapté voire la vaccination.
    Les maladies liées à la gestation
    L’herpès virose
    Cette maladie est due à virus herpétique spécifique du chien. Celui-ci persiste dans l’organisme après un premier contact et peut se réactiver à l’occasion d’un stress de l’organisme. Il entraine des troubles de la reproduction (avortement, mort des chiots dans les premières heures de la vie).

    Le protocole classique de vaccination du chien

    Le protocole classique est le protocole recommandé par la plupart des vétérinaires. Bien entendu, ce protocole est à adapter, en fonction des risques propres de votre élevage. Il est important d’en discuter avec votre vétérinaire.
    Age Valences vaccinales
    5 semaines P (selon degré de pression dans l’élevage)
    7-8 semaines CHP +/- toux de chenil
    3 mois CHLP +/- toux de chenil +/- R
    4 mois L
    1 an CHLP +/- toux de chenil +/- R
    Peut-on alléger le protocole vaccinal ?
    Effectivement, il apparait actuellement qu’il doit être possible d’alléger ce protocole vaccinal, afin de mieux coller à l’immunité réelle des chiens. Attention, cet allègement peut aussi entrainer une baisse de la protection contre certaines maladies et donc diminuer votre niveau de protection.
    La vaccination CHP :
    Cette vaccination est bien souvent excellente, et il est possible de limiter ces valences à une vaccination bisannuelle. Dans certains pays, cette vaccination est même devenue trisannuelle.
    La vaccination rage :
    Cette vaccination était légalement obligatoire et annuelle dans certaines conditions. Depuis quelques semaines, les arrêtés concernant cette vaccination ont changé, la vaccination antirabique a une durée égale à celle indiquée par le fabriquant sur son autorisation de mise sur le marché. Il y a donc maintenant coexistence de vaccins rage, dont les rappels sont toujours annuels, des vaccins pour lesquels les rappels sont trisannuels et en fin d’autres encore pour lesquelles les rappels sont annuels en primovaccination puis trisannuels. La validité de cette vaccination dépend donc du choix du vaccin par votre vétérinaire. N’hésitez pas à lui poser la question sur la durée de validité de son vaccin rage.
    La vaccination L :
    Depuis quelques années, il existe maintenant plusieurs types de vaccins contre la leptospirose, L, Lmulti, L4… L’efficacité de protection de ces vaccins n’est pas identique, mais leurs réactions secondaires non plus. Il convient donc de choisir le vaccin le plus adapté à sa situation, en fonction des risques particuliers pour vos chiens, chien de chasse, chien de sauvetage à l’eau ou chien des villes. Le danger n’est pas identique, le vaccin doit être déterminé en fonction de ces risques de contamination. Il est à noter que si un rappel tous les 6 mois était préconisé pour la valence L dans les milieux à risques, ce n’est plus le cas pour L multi et L4. Un rappel annuel est suffisant.Les tests sérologiques
    Depuis quelques mois, il existe des tests permettant de déterminer des titres d’anticorps pour les valences C, H et P. Ces tests sont sensés permettre d’évaluer rapidement le statut immunitaire des Chiens. En effet, on part alors du principe que tant que le titrage des anticorps est suffisant, il est inutile de pratiquer un rappel de vaccination pour ces valences. Mais attention, ces tests ne mettent qu’en évidence le taux d’anticorps, qui n’est forcément corrélé à la réponse immunitaire complète, ils ne permettent pas de "doser" la réponse cellulaire, mais uniquement la réponse humorale, créée par la fabrication des anticorps. Ainsi, ces tests restent pour l’instant perfectibles, si l’on veut être sûr de la complète protection du chien face à ces vaccins.
    Les effets secondaires des vaccins :
    Dans la très grande majorité des cas, la vaccination est très bien tolérée. Elle peut cependant être à l’origine d’effets indésirables. Ils sont en général bénins, et rétrocèdent sans traitement. Dans de très rares cas, il est nécessaire de consulter.
    Les effets secondaires les plus fréquents sont :
  • Une fièvre et de la fatigue pendant 24-48 heures après l’injection du vaccin. Il s’agit de l’effet secondaire le plus fréquemment rapporté.
  • Une réaction allergique, cela peut se manifester par exemple par un gonflement et des démangeaisons de la face.
  • Une réaction locale au site d’injection, qui se manifeste par l’apparition d’une petite boule. Elle disparait dans la majorité des cas en quelques semaines.
  • Pourquoi attendre 2 mois pour vacciner un chiot ? Avant 2 mois, le chiot possède encore des anticorps de sa mère, ingérés par le colostrum juste après la naissance. Normalement celui-ci est donc protégé au début de sa vie. La plupart des chiots sont protégé pendant leurs premières semaines de vie par les anticorps maternels. Chez la plupart des chiots cette immunité aura disparu à l’âge de 8-10 semaines à un degré qui permet une immunisation active. Les chiots avec peu d’anticorps maternels sont potentiellement vulnérables (mais aussi capables de répondre à une vaccination) à un âge plus jeune, tandis que d’autres peuvent avoir des titres d’anticorps tellement hauts, qu’ils sont incapables de répondre à une vaccination jusqu’à l’âge de plus de 10 semaines! C’est une des raisons pour lesquelles les chiots ne sont que rarement vaccinés avant l’âge de 7-8 semaines, et qui peut conduire votre vétérinaire à proposer une troisième injection à l’âge de 12 semaines.